Bacon considérait les Français comme les juges ultimes dans tous les domaines qui l’intéressaient. A ce titre, il a souvent admis que c’était l’avis des Français sur son travail qui comptait le plus pour lui.

« De tous les pays que je connais, la France est très certainement mon préféré. »

Francis Bacon

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entretenait avec la France

1927

Inspiré par Picasso à Paris

Bacon s’installe à Paris au printemps 1927. Il rencontre Yvonne Bocquentin qui le prend sous son aile et lui offre une chambre dans sa maison de Chantilly. Elle lui enseigne le français et le présente au « Tout-Paris ». Il découvre le travail de Picasso à l’occasion d’une exposition à la Galerie Paul Rosenberg, qui joue le rôle de « catalyseur » de sa vocation de peintre. En 1928, Bacon séjourne à l’Hôtel Delambre à Montparnasse. Ce quartier attire à cette époque écrivains et artistes du monde entier. En même temps que la Rive Gauche, Bacon explore d’autres quartiers parisiens. L’ambiance de Pigalle, où les gens agissent sans retenue, le séduit également. A Paris, il se procure et lit un certain nombre de revues françaises, telles que Cahiers d’Art et la célèbre revue de Georges Bataille, Document, qui suscitent immédiatement son intérêt. Il se procure également l’ouvrage médical de Ludwig Grünwald, l’Atlas-manuel des Maladies de la Bouche (1903), qui contient des illustrations, peintes à la main, des pathologies de la bouche. Son expérience parisienne – entre stimulation intellectuelle, liberté sexuelle et savoir-vivre – va marquer profondément le jeune Bacon qui rentrera à Londres à la fin de l’année 1929.

À gauche : Vue des escaliers à la Galerie Rosenberg, 1927 (photographe inconnu)

1929-1992

Le « quartier français » de Londres

À la fin de l’année 1929, Bacon rentre à Londres et s’installe 17 Queensberry Mews West, dans le quartier de South Kensington. Il fait de cet ancien garage son atelier et son lieu de vie jusqu’en 1931, s’établissant durant cette période comme créateur de mobilier et de tapis. De fin 1929 jusqu’à sa mort, l’artiste vit principalement dans ce quartier de South Kensington, plus connu sous le nom de « quartier français ».

Dans les années 1930, la présence du Consulat de France, du Lycée français et de l’Institut français attire les expatriés dans ce quartier qui devient rapidement un petit coin de France, loin de la métropole. Bacon se sent chez lui dans cette enclave, avec ses cafés, ses boulangeries, ses restaurants, ses cinémas et ses librairies. Son atelier-appartement du 7 Reece Mews, où il vit de 1961 à la fin de ses jours, se trouve à deux pas de l’Institut français et du Lycée français Charles de Gaulle.

À gauche : 7 Reece Mews
Photographe : Perry Ogden

1929

L’influence du design français

Bacon réside et travaille 17 Queensberry Mews West, South Kensington, de fin 1929 à 1931. Il figure dans l’annuaire professionnel de Kensington de 1930 sous la désignation suivante : « Francis Bacon, Décoration moderne, meubles en métal, en verre et en bois, tapis, miroirs et luminaires ». Bacon organise deux expositions en 1929 et en 1930, au 17 Queensberry Mews. Son expérience en tant que designer de meubles est fortement influencée par le milieu parisien. Il déclarera plus tard que ses premières créations étaient marquées par le travail des modernistes français.

À gauche : Détail de l’article « Le style 1930 dans la décoration britannique » publié dans le magazine The Studio, illustrant le travail de Bacon dans son atelier du 17 Queensberry Mews West

De 1946 au début des années 1950

Monaco

La Côte d’Azur exerce une forte attraction sur les artistes et les intellectuels européens, des années 1920 aux années 1950 et Monaco incarne alors le summum de l’élégance, du luxe et de l’insouciance. En 1946, Bacon, qui s’exprime désormais couramment en français, s’installe à Monaco aussitôt après avoir vendu Peinture 1946. La Principauté devient alors sa résidence principale du 5 juillet 1946 jusqu’au début des années 1950. Déjà joueur chevronné, Bacon succombe rapidement à une passion obsessionelle pour le Casino de Monte-Carlo, où il passe régulièrement des journées entières autour du tapis vert. Dans ses différentes correspondances, Bacon mentionne souvent le travail qu’il parvient à accomplir à Monaco, malgré les nombreuses distractions qui s’offrent à lui.

L’artiste est séduit par l’atmosphère et le style de vie de Monaco ; il apprécie par ailleurs les paysages de Méditerranée et les bienfaits de l’air marin pour son asthme. Bon vivant, il se délecte du meilleur de la cuisine méditerranéenne et des vins français.

Tout au long de sa vie, Bacon continuera à se rendre régulièrement dans le Sud de la France et à Monaco.

À gauche : Carte postale de Monaco, envoyée par Bacon à Denis Wirth Miller en 1963

De la moitié des années 1950 au début des années 1960

Voyages à Tanger

Durant cette période, Bacon effectue de fréquents voyages à Tanger pour rendre visite à son amant et « muse », Peter Lacy. A cette époque, la présence et l’influence françaises sont prépondérantes dans cette partie de l’Afrique du Nord. Tanger offre les avantages d’une zone franche internationale, ce qui attire fortement les spéculateurs, les artistes, les écrivains, les acteurs hollywoodiens ainsi que les trafiquants. Bacon trouve à Tanger une ville aux mœurs sexuelles libérées, ce qui n’est pas sans lui rappeler ses jeunes années à Berlin et à Paris. Le bar favori de l’artiste à Tanger est le Dean’s Bar, où Lacy travaille comme pianiste. Le lieu attire aussi bien l’élite que la pègre.

Bacon se rendra à Tanger à plusieurs reprises après les années 1960.

À gauche : Bacon et Joseph Dean devant le Dean’s Bar, 1956

1957

Galerie Rive Droite

En février 1957, Jean Larcade et Erica Brausen inaugurent la première exposition personnelle de Bacon à la Galerie Rive Droite, où sont présentées vingt-et-une de ses peintures. Un catalogue est publié pour l’occasion, avec une introduction de Roland Penrose, peintre surréaliste et ami de Picasso, poète et co-fondateur de l’Institute of Contemporary Arts de Londres, ainsi qu’un texte de l’une des meilleures plumes de la critique d’art britannique de l’époque, David Sylvester.

À gauche : Exposition Francis Bacon à la Galerie Rive Droite, Paris, février-mars 1957

1966

Galerie Maeght

En novembre 1966, la Galerie Maeght expose Bacon à Paris. L’exposition est un succès et l’artiste obtient une reconnaissance indéniable du milieu artistique parisien. La galerie publie la même année un numéro de la revue Derrière le Miroir consacré à Bacon et préfacé par Michel Leiris. Le triptyque de Bacon, Trois personnages dans une pièce, 1964 est présenté lors de l’exposition ; il sera acquis par l’Etat français en 1968.

1971

Grand Palais

Le 27 octobre 1971, Bacon a l’immense privilège de se voir offrir une rétrospective au Grand Palais à Paris, inaugurée la veille par un vernissage en présence du Ministre de la Culture française, des principaux représentants de la culture et de personnalités artistiques de renom. Picasso est le seul autre artiste à avoir reçu un tel honneur de son vivant en 1966. Francophone et ardent francophile, Bacon retirera de cette exposition l’une de ses plus grandes satisfactions. Cette rétrospective est un triomphe bien que marquée par la mort tragique de son compagnon, George Dyer, à l’Hôtel des Saints-Pères, trois jours avant l’ouverture de l’exposition au public.

À gauche : Le Grand Palais, Paris, 2013

1975-1987

Son pied-à-terre à Paris

Après le succès de sa rétrospective au Grand Palais en 1971, l’artiste séjourne fréquemment dans la capitale française. En 1975, il prend un atelier-appartement 14, rue de Birague dans le quartier historique du Marais. Il resserre ses liens d’amitiés avec Michel Leiris et Jacques Dupin. Il rencontre également en 1975 l’historien de l’art Eddy Batache et le consultant artistique Reinhard Hassert, qui vont devenir deux de ses plus proches amis et confidents jusqu’à sa mort. Bacon quitte son pied-à-terre parisien en 1987 mais continuera à se rendre régulièrement dans la « Ville Lumière », tout au long de sa vie. A partir des années 1970, Bacon est considéré comme une légende vivante dans la capitale française ainsi que par la presse parisienne.

À gauche : Vue du 14, rue de Birague, 2013

1976

Musée Cantini, Marseille

L’attirance de Bacon pour la ville portuaire, avec son importante population nord-africaine, remonte à l’époque de ses premiers voyages dans le sud de la France et à Monaco. Il trouve à Marseille une ambiance qui lui rappelle Tanger.

Quelques années après le succès de sa rétrospective au Grand Palais, l’artiste présente son travail au Musée Cantini en juillet 1976. L’exposition est organisée par Marielle Latour, sous le haut patronage de Gaston Defferre, maire de la ville.

À gauche : Vernissage de l’exposition Francis Bacon au Musée Cantini, Marseille, 9 juillet 1976

1977

Galerie Claude Bernard, Paris

Quelques mois seulement après l’exposition de Marseille, la Galerie Claude Bernard à Paris présente une vingtaine d’œuvres récentes de Bacon. Michel Leiris rédige pour l’occasion la préface du catalogue d’exposition. Cette exposition, aujourd’hui légendaire, attire une telle foule que la police est contrainte de boucler la rue des Beaux-Arts. Bacon affirmera plus tard que cet accrochage, organisé dans cette galerie de petite taille, fut l’un de ses préférés.

« […] où les espaces sont petits, et les peintures semblent plus intenses. »

Francis Bacon au sujet de l’accrochage à la galerie Claude Bernard


À gauche : Galerie Claude Bernard, 2013

1987

Galerie Lelong, Paris

Après sa première exposition à la Galerie Maeght-Lelong en janvier 1984, Bacon expose à nouveau ses œuvres à Paris en septembre 1987, à la Galerie Lelong. Jacques Dupin, que Bacon admire comme poète, critique d’art et directeur de galerie, préface le catalogue. Un entretien avec David Sylvester vient compléter la publication.

À gauche : Galerie Lelong, 2013