Les méthodes de travail de Bacon

Emmanuelle Riva, Photogramme extrait de Hiroshima Mon Amour, d’Alain Resnais, 1959, planche d’un livre inconnu (une des sources d’inspiration pour ce tableau)
Emmanuelle Riva, Photogramme extrait de Hiroshima Mon Amour, d’Alain Resnais, 1959, planche d’un livre inconnu (une des sources d’inspiration pour ce tableau)
Francis Bacon, Etude d'Henrietta Moraes, 1969

Bacon débutait généralement un tableau en esquissant grossièrement la composition directement sur la toile, en fines couches de peinture à l’huile. Dans la conception de ces images, avant d’attaquer la toile, les préliminaires prenaient souvent la forme de brèves notes écrites à la main, et incluaient la manipulation de photographies.

Isabel Rawsthorne, Soho, 1965
Photographe : John Deakin
(une des sources d’inspiration pour ce tableau)
Francis Bacon, Portrait d’Isabel Rawsthorne debout dans une rue de Soho, 1967
Image de la séquence « Lutteurs en action », extraite de The Human Figure in Motion, d’Eadweard Muybridge, 1955 (une des sources d’inspiration pour ce tableau)
Francis Bacon, Deux personnages, 1953

Depuis l’invention de la photographie, de nombreux artistes, de Degas à Warhol en passant par Picasso, ont exploité des « reproductions mécaniques ». Bacon transformait des images photographiques souvent banales en peintures d’une puissance exceptionnelle. Il était extrêmement secret sur ses pratiques opératoires non conventionnelles ; même ses intimes étaient rarement autorisés à explorer les milliers de livres et de revues précairement entassés sur les étagères de son atelier ou la multitude d’images éparpillées sur le sol. Le dialogue entre les nus de Bacon et les études cinétiques de Muybridge a été identifié dès 1950, tout comme son admiration pour Velázquez, Michel-Ange et Rembrandt, mais c’est seulement après la mort du peintre qu’il est devenu possible de commencer à cerner le vaste champ de ses stimulants visuels.

Image de la séquence « L’ombre du boxeur », extraite de The Human Figure in Motion, d’Eadweard Muybridge, 1955 (une des sources d’inspiration du tableau)
Image de la séquence « L’ombre du boxeur », extraite de The Human Figure in Motion, d’Eadweard Muybridge, 1955 (une des sources d’inspiration du tableau)
Francis Bacon, Etude d’un corps humain d’après Muybridge, 1988

Peu d’archives antérieures à 1961 subsistaient encore à la mort de Bacon. Au fil des trente et un ans passés dans l’atelier de Reece Mews, Bacon a régulièrement effectué de grands nettoyages, lorsque l’accumulation de détritus sur le sol de l’atelier devenait – même à ses yeux – vraiment excessive. Il détruisit ainsi en 1981 vingt-quatre sacs de ces documents, y compris – au grand dam de Valerie Beston – tous ses exemplaires du magazine Picture Post. On commence à mieux comprendre aujourd’hui la synthèse complexe de ses sources iconographiques ; pour autant, même si les images découvertes dans la presse éveillaient en lui de puissantes résonances, le processus de création ne doit pas être confondu avec le résultat final, qui dépendait de sa capacité à produire une peinture fluide et spontanée. Comme Bacon le déclarait à Sonia Orwell en 1954 : « Je veux peindre, pas courir après les coupures de presse ». Afin de « capturer la réalité vivante », il recherchait la qualité spectrale du corps humain en action, métamorphosant des images plates en évocations vibrantes de ses sujets vivant et respirant dans leur éphémère fragilité.


David Sylvester discutant dans l’atelier de Bacon des sources d’influence de l’artiste. Extrait du documentaire Bacon’s Arena produit par la BBC, 2005 (première diffusion sur la BBC1 le 18 septembre 1966)

Martin Harrison analysant le processus créatif de Bacon.
Extrait du documentaire Bacon’s Arena produit par la BBC, 2005