Les années monégasques

La Côte d’Azur exerce une forte attraction sur les artistes européens et les intellectuels des années 1920 aux années 1950. On peut citer, parmi les visiteurs et résidents célèbres, Aldous Huxley, Thomas Mann, D.H. Lawrence, Somerset Maugham, W.B. Yeats, Jean Cocteau, Pablo Picasso, Henri Matisse, Pierre Bonnard, Eileen Gray et Le Corbusier. Monaco incarne alors le sommet de l'élégance, du luxe et de la frivolité sur la Côte d’Azur.

A l’aube des années 1940, Bacon effectue son premier séjour à Monaco. Une lettre datée du 3 juin 1940 est envoyée à Bacon à Monaco par sa cousine Diana Watson l’informant du décès de son père. En 1946, Erica Brausen, qui travaille alors à la Redfern Gallery, rencontre Bacon grâce à un ami commun, Graham Sutherland, et lui achète Painting 1946 pour un montant de 200 livres sterling. Avec les gains liés à cette vente, Bacon quitte Londres pour s'installer aussitôt à Monaco.

La Principauté de Monaco devient la résidence principale de Bacon pour les quatre années suivantes. Sa première adresse à Monaco est l’Hôtel Ré, où il réside avec son amant et mécène, Eric Hall, et sa nourrice adorée, Jessie Lightfoot. Il y apprécie le paysage méditerranéen et l'air marin bénéfique à son asthme chronique. Graham et Kathleen Sutherland comptent parmi les amis qu‘il fréquenta régulièrement au cours de ses premiers séjours monégasques.

Bacon est attiré par l'ambiance et le style de vie de Monte-Carlo. Le Casino Belle Époque, avec son atmosphère hautement raffinée, attire l'artiste, joueur notoire. Dans un de ses entretiens avec David Sylvester, il déclare : « Je me souviens de la première fois où j'ai séjourné à Monte-Carlo, j'étais complètement obsédé par le Casino et j'y passais mes journées entières […] ». Bacon est exalté par les hauts et les bas électrisants que le jeu provoque, tout comme la peinture. Le jeu repose sur l’élément du hasard, élément également crucial dans le processus créatif de l’artiste.

Malgré les nombreuses distractions qui s’offrent à lui, Bacon parvient à travailler ici. Il perçoit Monaco comme un lieu « […] propice aux images qui me viennent toutes faites à l’esprit. » C’est à Monaco qu'il commence à concentrer son travail sur la forme humaine, une étape décisive dans son travail qui l’amènera plus tard dans sa vie à être reconnu comme l’un des artistes figuratifs majeurs de l'après-guerre.

Tout au long de sa vie, Bacon se rend régulièrement à Monaco et dans le sud de la France. Dans les années 1950 et 1960, il y séjournera souvent avec son cercle d'amis de Soho et de Wivenhoe. Au cours des deux décennies suivantes, on l’y apercevra surtout avec ses amis parisiens et avec John Edwards, qui était à la fois sa « muse » et son compagnon.

« […] J’ai toujours le sentiment qu’avec une pointe habile de manipulation
le Casino pourrait acheter nos tableaux. »

Extrait d'une lettre à Graham Sutherland, Hôtel Ré, Monaco, 1946

Arrière-plan : Détail d’une carte postale retrouvée dans l’atelier de Bacon. Les jardins du Casino de Monte-Carlo © Editions Gilletta • Nice-Matin